Comme chaque année, nous avons visité l’International Motor Show de Genève (le GIMS, Plus connu le non de « Salon auto de Genève » ;-)) pour prendre le pouls d’un secteur en pleine mutation au niveau des usages et de la place accordé au digital. On parle souvent médiatiquement ces dernières années de disruption, nous préférons dans cet article envisagé les choses sous l’angle de ce que l’on appelle le trailblazing, ce qui désigne les usages vraiment novateurs.

En parcourant les stands des différents constructeurs automobiles, nous avons constaté que nombre d’entre eux proposent des expériences en réalité virtuelle pour animer leur showroom. Le plus souvent c’est pour donner vie à leurs concept-cars, le problème étant que cela demeure extrêmement « décoratif ». Jusque-là rien de franchement excitant malheureusement…

L’autre grande tendance est bien évidemment celle de l’automobile autonome. Tous les constructeurs majeurs proposent une vision de ce que sera l’automobile dans un futur de 10 à 20 ans. Celui qui nous a particulièrement emballé, et dont nous avons parle récemment (1), est le concept Peugeot Instinct : une solution globale de portabilité des outils mis à la disposition des usagers par l’entremise de l’IoT notamment. La présence d’une borne Amazon Echo sur le stand montre bien, comme nous le disions, que le véhicule devient un « device » comme un autre, c’est-à-dire un support d’usages digitaux et de contrôle du déplacement.

Il faut toutefois sortir des allés principales et s’éloigner quelque peu des stands phares pour découvrir des solutions de transport plus innovantes.

Dans un article précédent (2), nous parlions du projet de transport autonome par drone avec passagers que la ville de Dubaï compte mettre en place cet été en partenariat avec le constructeur chinois Ehang. C’est au GIMS qu’Airbus, en association avec le bureau de style Italdesign (3), a officialisé un projet de solution de déplacement unique en son genre, car bien plus qu’un véhicule, le concept est une proposition novatrice de mode de déplacement global.

Baptisé «Pop.Up» (4), et pour l’instant présenté sous forme de maquette réaliste à l’échelle 1, le projet est concept de véhicule modulaire composé de trois éléments principaux : une capsule pour passagers en fibre de carbone qui peut être associée à un module au sol pour former une automobile, ou à un méga-drone pour évoluer dans l’espace urbain aérien à basse altitude.

Pop.Up est également un service de transport individuel au même titre que les taxis ou les VTC mais plus complet. Les passagers sollicitent une course par l’intermédiaire d’une application mobile et le système définit le mode le plus adapté entre terrestre et aérien. A l’intérieur de la capsule, l’affichage est monitoré en Augmented Reality sur un pare-brise augmenté.

Airbus se positionne sur le créneau des infrastructures multimodales (présence de plusieurs modes de transport différents connectés entre deux) particulièrement adaptées aux mégalopoles de plus de 10 millions d’habitants, où le déplacement dronien possède un intérêt évidemment car de nos jours les automobilistes passent des centaines d’heures par an dans les embouteillages. A la différence des services actuels d’auto-partage par exemple, les usagers du service n’ont pas à déposer le véhicule dans une station de recharge électrique puisque le module le fera lui-même de manière autonome.

Pop.up est un maillon supplémentaire dans la conquête du dernier mètre au sein des futures macro-infrastructures de déplacement urbaines, Airbus annonce qu’il s’insèrera par exemple en toute compatibilité avec le système Hyperloop (tube sous-vide géant dans lequel se déplacent des capsules transportant voyageurs et marchandises à la vitesse de 1000 km/h)

Mathias Thomsen, directeur général de la mobilité aérienne urbaine d’Airbus, explique qu’Airbus a choisi Genève, plutôt qu’un salon de l’air, pour exposer Pop.Up pour une raison très spécifique : « Tout d’abord, nous voulions montrer ce véhicule à Genève car il sera utilisé dans les endroits où les gens utiliseraient normalement une voiture. Le cas d’utilisation complet pour ce véhicule est dans l’environnement de transport au sol, mais il offrira la possibilité de compléter cela par le vol. Genève offre les bons consommateurs pour ce que nous appelons les services de mobilité urbaine.  »

Et le digital dans tout ça ?
On remarque que le digital s’envisage ici de manière globale dans un mode embarqué et mobile. Les outils digitaux élevés à la puissance AI (collecte de datas sur les territoires empruntés par Pop.Up (volume de véhicules, nombre de personnes transportées, kilométrages effectués, segmentations, etc.), search (obtention du meilleur mode de déplacement en temps réel), connexion (commande du véhicule via Alexa ou application mobile), machine learning, etc.) opèrent la liaison entre services, véhicules, modes de transport discontinus et utilisateurs.

Références :

(1) « On verra ça demain… » n°11 : le véhicule de demain ? un « device » comme un autre ! Blog C2iS, 2 mars 2017. http://blog.c2is.fr/on-verra-ca-demain-n11/

(2) « On verra ça demain… » n°10 : le drone avec passager. Blog C2iS, 1er mars 2017. http://blog.c2is.fr/on-verra-ca-demain-n10-2/

(3) Rappelons que propriété de la marque Lamborghini qui appartient à la marque Audi, elle-même propriété du Groupe Volkswagen… Italdesign est une signature d’excellence unique en matière de design industriel automobile depuis la fin des années 60 !

(4) Projet Pop.Up http://www.italdesign.it/project/popup/